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      Nous avons pris place dans le salon de Mme Catherine Kaboré
le lundi 8 mars en fin de journée. « Catherine Sawadogo Kaboré »,
reprend-elle en précisant quelle tient beaucoup à son nom de jeune fille. A la télévision,
on diffuse une émission française sur TV5 que son plus
jeune fils suit sans grand intérêt. Avant toute présentation et salutation, nous nous
sommes vues offrir à boire : « cest comme ça en Afrique, on boit
toujours avant de commencer à discuter
» La Directrice Générale
de lAlphabétisation et de lEducation Non Formelle au Ministère de
lEnseignement de Base et de lAlphabétisation à Ouagadougou nous écoute
présenter nos activités ici au Burkina Faso avant de se lancer
dans le récit de son propre parcours qui la amenée à occuper aujourdhui
un poste à responsabilités dans la fonction publique.
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      Pendant dix ans, elle sest consacrée à lenseignement
du français au collège, au lycée et dans des écoles professionnelles. En 1995,
un stage dans une structure dalphabétisation lui permet de mieux connaître
ce type dorganisme et den pressentir les défauts. Catherine commence à
nourrir quelques idées de perfectionnement et, tout dabord volontaire dans laccompagnement
de ces structures, elle finit par y signer un premier contrat dans un projet
d'alphabétisation d'envergure nationale. Puis, elle gravit les échelons de
ladministration, se voyant confier toujours plus de responsabilités.
Ces responsabilités, elle les assume aujourdhui mais reconnaît que pour
une femme, ce statut nest pas facile à vivre. On essuie les remarques et
les critiques de ses proches, et on fait tout pour maintenir la stabilité
dans son ménage puisque « en Afrique, la femme na de considération que
dans un foyer ». Pour Catherine, cette réflexion de lhomme africain est
profondément inscrite dans la culture : « ici, les hommes ne sont pas
prêts à accompagner les femmes ». Alors, il faut tout mener de front,
léducation de ses trois enfants, les tâches ménagères qui sont loin dêtre
partagées au sein du couple, et puis un métier prenant, qui loblige à rentrer
tard le soir. Mais « si tu nes pas forte, tu abandonnes », souligne Catherine.
Et dans ses yeux, on peut lire toute la force de sa conviction.
      Cest la beauté de son objectif qui fait avancer Catherine.
Surtout en matière déducation, cet objectif sinscrit dans le long terme, mais
ce qui importe pour elle, cest « la satisfaction morale » et le sentiment de
toujours « se dominer, se surpasser. » Elle sait que léducation, en l'occurence l'alphabétisation avec la maîtrise de l'outil écrit, est
« la base essentielle de tout développement durable » et que son pays doit
donc sapproprier ce vecteur de développement.
      Au Ministère, son travail consiste à coordonner, contrôler
et évaluer toutes les actions des différents agents impliqués dans le Plan
Décennal de Développement de lEducation de Base décidé en 1999.
Profitant des expériences sénégalaise et ivoirienne, le gouvernement burkinabé
a opté pour la stratégie du « faire faire » : on confie les activités
de formation des communautés de base à la société civile ; mais le
contrôle de la qualité reste une prérogative de lEtat.
Catherine Kaboré est membre du Conseil
dadministration du
Fonds pour lAlphabétisation et lEducation Non Formelle (FONAENF)
où elle représente son ministère aux côtés des représentants des
associations, du secteur privé, de la collectivité locale, des partenaires
techniques et financiers.
      En 1999, un forum national a rassemblé près de 400 personnes
autour dun constat déchec : limpossibilité délever le taux dalphabétisation
depuis lindépendance. Tous les acteurs ont alors opté pour cette stratégie du
« faire faire » qui implique directement la société civile. Les ambassades et
les coopérations des Pays-Bas, du Canada, de Suisse, de Belgique, de France,
de Suède, ainsi que le PNUD financent le programme burkinabé. Ces bailleurs
mettent tout particulièrement laccent sur les filles puisque le matériel
qui leur est destiné est entièrement pris en charge. Catherine Kaboré affirme
que cette expérience est une réussite : au cours de la première année, 31.000
personnes ont pu être alphabétisées avec le concours de 91 associations.
Tous les six mois, une mission conjointe (Ministère de lEnseignement de
Base et de lAlphabétisation,
partenaires techniques et financiers) permet dévaluer les difficultés et
les erreurs afin de tout faire
pour réaliser les objectifs fixés par le Plan, soit un taux de scolarisation
de 70% et atteindre un taux dalphabétisation de 40% à lhorizon 2011
(alors qu'en 1999, il s'élevait à 26%).
      Pour les femmes, laccès à lalphabétisation est un instrument
dindépendance essentiel. Dans les familles, on considère la fille comme le bien
de quelquun dautre puisquelle sera « prise » par une autre famille. Cest
pourquoi, il ne semble pas indispensable dinvestir dans son avenir en la
scolarisant.
      Par ailleurs, pour Catherine Kaboré, « plus une femme est
instruite, moins elle est maîtrisable », ce qui représente un danger pour
lhomme africain.
Enfin, Mme Kaboré considère que la Journée de la Femme ne doit pas être un jour
de fête, mais de réflexion. Les femmes doivent chercher à savoir comment elles
peuvent elles aussi contribuer à lamélioration
de la vie collective.