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Comme chaque année, la journée du 31 juillet a été une journée de fête pour les femmes
maliennes. Vêtues de boubous confectionnés spécialement pour l'occasion, elles ont profité de cette
journée pour affirmer une nouvelle fois leur résolution et leur désir de se battre pour faire reconnaître et respecter
leurs droits.
Cette année, la journée était placée sous le thème "paix, sécurité et stabilité
économique", autour duquel de nombreuses conférences avaient été organisées. Nous avons assisté
à deux d'entre elles : la première était organisée par le RML/MGF (réseau malien
de lutte contre les mutilations génitales féminines)
et la seconde par
le WILDAF.
Préparation de la conférence
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Paix, sécurité et stabilité économique
Après un rappel rapide de la genèse de la Panafricaine, le premier conférencier a fait
un exposé sur le thème global de la journée. Ce professeur de lettre, diplômé de l'ENS, a proposé une
analyse du rôle de la femme dans la société. Il a souligné l'importance pour les femmes d'agir, remarquant
que leurs droits ne pourraient être qu'arrachés par les femmes, et jamais donnés par les hommes. Il a rappelé
que les femmes sont une force pour le pays, démographiquement déjà puisqu'elles constituent 52% de la population,
mais pas seulement. Les femmes jouent en effet un rôle économique essentiel au niveau de la production. Elles
constituent une véritable force de travail. Il est donc absolument nécessaire qu'elles s'impliquent
dans la vie du pays.
Dans son exposé, le conférencier a beaucoup insisté sur une requête actuellement très
"à la mode" parmi les femmes maliennes : la nécessité de mettre en place des quotas imposant aux partis politiques
une représentation féminine de 30% au moins. Pour lui, les femmes ne pourront faire reconnaître leurs droits que
s'il y a des femmes élues qui veillent à faire passer les lois favorables à "leurs soeurs". L'idée de quotas ne
fait pourtant pas l'unanimité, comme en a témoigné l'intervention d'une jeune
étudiante en droit : pour elle, élire une femme parce que c'est une femme n'a pas de sens. Mieux vaut élire un homme
compétent qu'une femme qui ne l'est pas. Il semble cependant qu'une loi sur les quotas ait de fortes chances d'être
votée avant les élections de 2007.
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Lien avec les conséquences de l'excision
La conférence du matin s'est poursuivie avec l'intervention du docteur TOURE, qui travaille en collaboration
avec l'AMSOPT (association malienne pour
le suivi et l'orientation des pratiques traditionnelles),
sur l'excision et les problèmes que cette
pratique peut engendrer. Le sujet semblait assez éloigné du thème de la journée, mais le docteur a fait beaucoup
d'efforts pour rattacher son exposé au thème, en soulignant notamment les problèmes économiques que l'excision
peut engendrer pour la famille : les soins coûtent très cher, ce qui peut mettre à mal la stabilité économique de
la famille.
Le docteur a également relié l'excision au thème de la paix : il a souligné à
plusieurs reprises que l'excision pouvait être une source
de tension dans le couple, et plus largement dans la famille. Or pour que la paix soit possible, il faut déjà qu'elle
existe à l'intérieur de la cellule familiale. L'excision tend donc à troubler la paix.
Au delà de l'aspect économique et des troubles familiaux, le docteur a fait un exposé très complet des risques et complications
liés à l'excision. Après avoir rappelé que l'excision est un phénomène majeur au Mali, pusique 91.6 % des
femmes sont excisées, le docteur a présenté différents cas de complications rencontrés couramment au Mali.
Ces complications peuvent être immédiates (rétention d'urine, infection, traumatisme...) ou n'apparaître qu'à long terme
(au moment de l'accouchement par exemple). Dans ce deuxième cas, les populations ne font souvent pas le lien avec l'excision,
et c'est pourquoi il est vraiment important d'informer ces populations et de les sensibiliser aux conséquences de
l'excision. Dans de nombreux cas, les populations croient encore que ces complications sont des punitions de
la femme pour une mauvaise conduite.
Pour toutes ces raisons, il semble nécessaire de mettre en place une loi interdisant l'excision au Mali.
Ce type de loi existe en outre déjà dans certains pays limitrophes, ce qui provoque un exil des exciseuses
vers le Mali, et rend encore plus urgente la mise en place d'une loi.
L'exposé, illustré de nombreuses photos, était des plus convaincants, mais l'évolution des mentalités
à ce sujet est lente : dans l'assemblée, un jeune
homme se demandait s'il n'y avait pas des conséquences néfastes à arrêter l'excision, craignant que les jeunes
filles soient ainsi poussées à la débauche, ce à quoi plusieurs
personnes ont répondu qu'il s'agissait d'un problème d'éducation, non d'excision en soulignant en outre le fait
que de nombreuses filles mères étaient excisées.
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Maintien de la paix et rôle de la femme
L'après-midi, la conférence a porté beaucoup plus spécifiquement sur la paix. Il y avait à nouveau deux
conférenciers, le Capitaine Ibrahim Diarra, jeune Saint-Cyrien actuellement directeur du Centre de
documentation du maintien de la paix, et une femme commandant dans l'armée malienne. Après avoir souligné la
faible présence des femmes dans les métiers militaires, ils ont présenté le rôle que ces dernières peuvent jouer
dans l'armée, en occupant aussi bien des postes de soldats que des postes d'infirmières ou de médecins...
Ils ont également évoqué le rôle des femmes civiles dans les pays en guerre : bien que n'étant pas au front, elles
ont un rôle important à jouer. Enfin, la femme commandant a terminé par le récit de son expérience personnelle
des missions de maintien de la paix. Cette conférence a donc montré que les femmes étaient tout à fait
compétentes pour être efficaces sur un théâtre d'opérations, mais elle n'est pas parvenue à expliquer pourquoi
si peu de femmes étaient présentes au sein des forces armées maliennes, et africaines de manière plus générale.
Bilan de la journée
En plus de tout ce que nous ont appris les conférenciers, cette journée a été très intéressante
parce qu'elle nous a permis de voir comment s'organise une conférence au Mali : début de la conférence avec une heure de retard,
et malgré cela, beaucoup de femmes arrivent encore bien après le début. D'autres partent en plein milieu
des exposés, des téléphones sonnent régulièrement, et on y répond sans se poser de questions... Pourtant,
si tous ces signes pourraient être interprétés chez nous comme des signes de désintérêt, il n'en est rien ici !
Au contraire, les personnes qui viennent assister aux conférences sont toutes très impliquées, bien décidées à agir pour faire
valoir les droits des femmes, à s'engager dans tous les combats qu'il reste à mener, comme en témoigne
le grand nombre de personnes qui prennent la parole à la fin des conférences, en posant des questions souvent pertinentes, ou
en apportant une contribution personnelle sur le thème de la conférence (certains le font même en chantant, ce qui rajoute
encore plus de vie et d'entrain à une journée qui n'en manquait pourtant pas !).
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