Sira Sissoko est une
artiste malienne qui a su concilier harmonieusement vie de famille et
carrière professionnelle. Voici en bref le parcours atypique qu’elle a
suivi.
Bien que son père l’eût
plutôt dirigée vers l’informatique, Sira parvient à le convaincre de la
laisser entreprendre des études artistiques à l’INA, l’Institut National
des Arts de Bamako. Cette liberté de choix est pourtant rare encore au
Mali surtout pour les femmes. Sira Sissoko parle donc de « chance
d’avoir eu un père, professeur d’anglais de formation, aussi ouvert et
compréhensif ». Il a toujours soutenu ses enfants dans leurs
choix.
Pour prendre réellement
la mesure de la situation au Mali, il suffit de rappeler que Sira fut la
seule femme de la promotion de 1996 à l’INA. Les années suivantes ne
présentèrent pas non plus un nombre élevé d’éléments féminins dans les
études artistiques. Cependant, si pour une Malienne être diplômée en art
est déjà, comme on le voit, une performance en soi, embrasser la carrière
d’artiste et percer dans ce milieu fermé est tout simplement un exploit !
Sira Sissoko reste à ce jour la seule à y être parvenue…
Pourquoi n’y a-t-il que très peu de
femmes artistes ?
L’artiste a partout
et de tout temps été la cible de nombreux préjugés : l’art ne semblant pas
avoir d’utilité directe, il n’est pas une activité respectable. A Bamako,
les artistes sont souvent qualifiés de paresseux. Pour lutter contre ces a
priori, la communauté artistique malienne organise aujourd’hui de
multiples ateliers de sensibilisation. Souleymane Ouloguem, un autre jeune
artiste malien, assure que les « mentalités sont en train de changer
». Bien sûr, le métier en lui-même reste ardu : il faut sans cesse
créer, innover, développer ses
qualités…
Toutefois, en tant
que femme, Sira est encore confrontée à un autre préjugé : une femme se
doit de s’occuper quasi exclusivement de son foyer, c’est-à-dire :
préparer les repas, s’occuper des enfants, nettoyer la maison… Avoir une
autre activité est, dans ce cas, presque impossible...
Sira Sissoko n’est pas en
désaccord avec tous ces principes. Elle est elle-même mariée, a trois
enfants et s’occupe de sa famille. Mais elle a eu la chance d’épouser un
homme très conciliant et même sensible à l’art. Afin de l’aider dans ses
tâches quotidiennes, il paie une employée. Sira a ainsi plus de temps pour
se consacrer à son art.
Une belle carrière
Lors de sa
dernière année d’études à l’INA, en 1996, Sira a la chance de
participer à une formation sur le papier recyclé organisé en
collaboration avec l’Université de Québec. Pour beaucoup
d’étudiants, faire du papier recyclé est une tâche ingrate qui n’a
de surcroît, rien d’artistique. La fabrication du papier précède
l’art en lui-même.
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Pour Sira Sissoko
au contraire, cette étape a son importance. La maîtrise de la fabrication
du papier lui permet de préparer le support de l’œuvre en fonction de ce
qu’elle veut réaliser. Elle se lance donc dans cette voie délaissée par
les autres étudiants. En 1998, ses efforts se révèlent payants. Elle est
sélectionnée parmi de nombreux autres artistes africains dans le cadre
d’un programme d’appui aux artistes géré par la Banque Mondiale. Elle
obtient la possibilité de partir à Washington afin de suivre une formation
en papier artisanal à la Pyramide Atlantique.
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En Août 1998,
elle crée «L’Atelier Papier Mali». Grâce à un financement des
Pays-Bas, elle se procure un local et du matériel afin de former
cinq jeunes filles déscolarisées à la fabrication du papier recyclé.
L’entreprise est un succès. L’Atelier est d’ailleurs toujours actif
aujourd’hui, même si, il est vrai, la clientèle qui achète le
produit fini (des lettres et des enveloppes en papier recyclé et
teinté) est surtout européenne. Seule ombre au tableau : les modèles
de cartes que Sira a envoyé à l’UNICEF n’ont pas été retenus. On la
sent amère lorsqu’elle en parle car elle n’a pas compris la raison
de ce refus.
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Cette déception ne
l’a néanmoins pas empêchée de rayonner sur la scène artistique africaine.
Dès 1998, Sira Sissoko fait de très nombreuses expositions. Beaucoup
d’ambassades, notamment les ambassades française et allemande, soutiennent
l’art et la culture maliens. Ils recrutent des artistes et leur proposent
d’exposer leurs oeuvres. De plus, Sira Sissoko a pu compter sur la
communauté des artistes de Bamako. Ils semblent en effet pour une large
part être conscients des difficultés auxquelles sont confrontées les
femmes artistes et du potentiel ainsi galvaudé. En effet, d’après
Souleymanne Ouloguem, les femmes apportent à l’art « quelque chose de
plus, une touche, une façon de voir, une sensibilité qu’aucun artiste
masculin ne peut apporter. » C’est pourquoi ils soutiennent et
protègent Sira Sissoko.
En
2004, Sira devient membre de l’Association des femmes plasticiennes du
Mali dont le but est de soutenir les femmes qui se lancent dans une
carrière artistique. En décembre 2005, cette association a monté une
exposition exclusivement de femmes artistes. L’association tentera de
répéter cet événement chaque
année.
Aujourd'hui, Sira
Sissoko reste un exemple, un modèle à suivre pour toutes les femmes qui
désireraient se lancer dans une carrière
d’artiste.