Courants de Femmes présente :


Sira Sissoko

Portrait de Sira Sissoko

Bamako-Mali
Juillet 2006



      Sira Sissoko est une artiste malienne qui a su concilier harmonieusement vie de famille et carrière professionnelle. Voici en bref le parcours atypique qu’elle a suivi.

      Bien que son père l’eût plutôt dirigée vers l’informatique, Sira parvient à le convaincre de la laisser entreprendre des études artistiques à l’INA, l’Institut National des Arts de Bamako. Cette liberté de choix est pourtant rare encore au Mali surtout pour les femmes. Sira Sissoko parle donc de « chance d’avoir eu un père, professeur d’anglais de formation, aussi ouvert et compréhensif ». Il a toujours soutenu ses enfants dans leurs choix.

      Pour prendre réellement la mesure de la situation au Mali, il suffit de rappeler que Sira fut la seule femme de la promotion de 1996 à l’INA. Les années suivantes ne présentèrent pas non plus un nombre élevé d’éléments féminins dans les études artistiques. Cependant, si pour une Malienne être diplômée en art est déjà, comme on le voit, une performance en soi, embrasser la carrière d’artiste et percer dans ce milieu fermé est tout simplement un exploit ! Sira Sissoko reste à ce jour la seule à y être parvenue…


Pourquoi n’y a-t-il que très peu de femmes artistes ?

      L’artiste a partout et de tout temps été la cible de nombreux préjugés : l’art ne semblant pas avoir d’utilité directe, il n’est pas une activité respectable. A Bamako, les artistes sont souvent qualifiés de paresseux. Pour lutter contre ces a priori, la communauté artistique malienne organise aujourd’hui de multiples ateliers de sensibilisation. Souleymane Ouloguem, un autre jeune artiste malien, assure que les « mentalités sont en train de changer ». Bien sûr, le métier en lui-même reste ardu : il faut sans cesse créer, innover, développer ses qualités…

      Toutefois, en tant que femme, Sira est encore confrontée à un autre préjugé : une femme se doit de s’occuper quasi exclusivement de son foyer, c’est-à-dire : préparer les repas, s’occuper des enfants, nettoyer la maison… Avoir une autre activité est, dans ce cas, presque impossible...

      Sira Sissoko n’est pas en désaccord avec tous ces principes. Elle est elle-même mariée, a trois enfants et s’occupe de sa famille. Mais elle a eu la chance d’épouser un homme très conciliant et même sensible à l’art. Afin de l’aider dans ses tâches quotidiennes, il paie une employée. Sira a ainsi plus de temps pour se consacrer à son art.


Une belle carrière

      Lors de sa dernière année d’études à l’INA, en 1996, Sira a la chance de participer à une formation sur le papier recyclé organisé en collaboration avec l’Université de Québec. Pour beaucoup d’étudiants, faire du papier recyclé est une tâche ingrate qui n’a de surcroît, rien d’artistique. La fabrication du papier précède l’art en lui-même.


      Pour Sira Sissoko au contraire, cette étape a son importance. La maîtrise de la fabrication du papier lui permet de préparer le support de l’œuvre en fonction de ce qu’elle veut réaliser. Elle se lance donc dans cette voie délaissée par les autres étudiants. En 1998, ses efforts se révèlent payants. Elle est sélectionnée parmi de nombreux autres artistes africains dans le cadre d’un programme d’appui aux artistes géré par la Banque Mondiale. Elle obtient la possibilité de partir à Washington afin de suivre une formation en papier artisanal à la Pyramide Atlantique.

      En Août 1998, elle crée «L’Atelier Papier Mali». Grâce à un financement des Pays-Bas, elle se procure un local et du matériel afin de former cinq jeunes filles déscolarisées à la fabrication du papier recyclé. L’entreprise est un succès. L’Atelier est d’ailleurs toujours actif aujourd’hui, même si, il est vrai, la clientèle qui achète le produit fini (des lettres et des enveloppes en papier recyclé et teinté) est surtout européenne. Seule ombre au tableau : les modèles de cartes que Sira a envoyé à l’UNICEF n’ont pas été retenus. On la sent amère lorsqu’elle en parle car elle n’a pas compris la raison de ce refus.


      Cette déception ne l’a néanmoins pas empêchée de rayonner sur la scène artistique africaine. Dès 1998, Sira Sissoko fait de très nombreuses expositions. Beaucoup d’ambassades, notamment les ambassades française et allemande, soutiennent l’art et la culture maliens. Ils recrutent des artistes et leur proposent d’exposer leurs oeuvres. De plus, Sira Sissoko a pu compter sur la communauté des artistes de Bamako. Ils semblent en effet pour une large part être conscients des difficultés auxquelles sont confrontées les femmes artistes et du potentiel ainsi galvaudé. En effet, d’après Souleymanne Ouloguem, les femmes apportent à l’art « quelque chose de plus, une touche, une façon de voir, une sensibilité qu’aucun artiste masculin ne peut apporter. » C’est pourquoi ils soutiennent et protègent Sira Sissoko.

      En 2004, Sira devient membre de l’Association des femmes plasticiennes du Mali dont le but est de soutenir les femmes qui se lancent dans une carrière artistique. En décembre 2005, cette association a monté une exposition exclusivement de femmes artistes. L’association tentera de répéter cet événement chaque année.


      Aujourd'hui, Sira Sissoko reste un exemple, un modèle à suivre pour toutes les femmes qui désireraient se lancer dans une carrière d’artiste.



L’Atelier Papier Mali :

Sabalibougou
Après le marché, contigu à la mairie,
Bamako-Mali

En France, l'association Soleil agit en faveur de la promotion de l'art malien. Notre rencontre avec Sira Sidibé a pu se faire avec sa collaboration.



      Cette page a été réalisée par les membres de l'association Courants de Femmes.