Carnet de voyage (14 Novembre - 23 Novembre 2003)

« Amoul solo 1 »

   Les premiers jours à Dakar sont chauds mais le soir, le vent souffle généreusement.Nous découvrons les joies de la circulation dans la capitale sénégalaise : depuis l’Espace Thialy où nous dormons les trois premières nuits, il nous faut plus d’une heure en bus pour rejoindre le centre ville. Mais sur la route, nous observons les scènes de la ville, traversons le quartier de la Medina et celui du marché Sandaga, avant de déambuler autour de la place de l’Indépendance. On apprend quelques mots de wolof et, en particulier : Amoul solo !

Scènes Dakaroises

   Les pieds dans le sable, les gros hôtels climatisés du centre de Dakar déversent des toubabs sur leurs plages et aux bords de leurs piscines privées. Mais peu de touristes en cette saison viennent profiter de leur pouvoir d’achat. La ville est d’ailleurs relativement calme en cette fin du Ramadan. Sauf entre 17 et 19 heures, où les voitures, les bus et les vendeurs à la sauvette viennent encombrer les routes : chacun rentre chez soi pour rompre le jeûne. Le soir, nous entendons les bruits de la ville, l’appel du muezzin, les bêlements des moutons et les cocoricos égosillés de quelques coqs.

   A table, nous testons le poulet yassa, l’incontournable maffé, et un plat visqueux indescriptible, la soupe au kandja… Ici, il paraît qu’on tue le temps avant qu’il ne nous tue. Pour nous, il s’agit de trouver un rythme et peu à peu, nous nous organisons. Nous sommes désormais installées dans la maison de Thierno, dans le quartier Nord Foire, à deux pas de la côte de Yof.

Dans le quartier de front de terre

   Il nous explique qu’au Sénégal, la majorité des musulmans sont mourides, et respectent l’héritage spirituel de Cheikh Ahmadou Bamba, saint homme de la fin du XIXème siècle, résistant pacifiste face aux colons français. Déporté au Gabon, puis en Mauritanie par ces derniers, sa popularité n’eut de cesse d’augmenter. Outre les devoirs du Coran, il recommandait un contact fort avec le réel. Son calme et son charisme naturels lui permirent de rallier les fidèles par milliers. Aujourd’hui, c’est l’un de ses fils qui porte le titre de Serigne Touba, du nom du village sénégalais dont ils sont originaires. Chaque année a lieu à Touba une fête pour commémorer le retour d’exil de Ahmadou Bamba, cérémonie extrêmement importante pour les Mourides. D’après Thierno, elle suscite un embouteillage continu entre Dakar et Touba!

   Le soir, on discute de choses et d’autres, des Béninois qui « font la noce », de la Guinée et de ses ressources naturelles mal exploitées (bois, or, pétrole,…), de la Casamance, des ravages de la guérilla qui décime des familles et contribue ainsi à entretenir la révolte. Nous ne nous y risquerons pas, pourtant Malraux disait : « Je suis allé en Casamance, j’en rêvais depuis longtemps à cause du mot romance. » Mais, depuis une vingtaine d’années, peu de gens s’y aventurent, pas même nos hôtes : en dehors de la guérilla, il arrive que des « bandits » rendent les routes peu sûres. Ils seraient mieux armés que les troupes sénégalaises et personne ne sait vraiment d’où provient leur matériel... Dommage, tout le monde s’accorde à dire que c’est la plus belle région du Sénégal!

Sortie de classe

   Après le week-end et malgré l’activité ralentie par le Ramadan, nous avons pu rencontrer plusieurs associations de promotion féminine. Pour commencer, nous nous sommes rendues au RADI, le Réseau Africain pour le Développement Intégré, rencontrer Mariame Coulibaly, également présidente de WILDAF Sénégal. Cette grosse structure dispose déjà d’un site Internet et d’importants réseaux de communication.

   Nous passons ensuite plus d’une heure à discuter avec Mme Dieye, la présidente de la section féminine de l’Association Nationale des Handicapés Moteurs du Sénégal, ainsi que son président. Les autres rendez-vous de la semaine, nous amènent à rencontrer Fatou Bintou Dhioune du Comité de Lutte contre les Violences faites aux Femmes et aux enfants (CLVF), Aïcha Tamboura Diawara de l’AFARD (Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement. Nous avons pu également prendre contact avec les membres de la Fédération des Associations de Femmes du Sénégal (FAFS).

   Ce soir, détente : on va écouter de la bonne musique...

1 « Y’a pas de problème », « tranquille », « c’est pas grave », « tout va bien »... expression que l’on emploie ici en toute circonstance.