Carnet de voyage (1er Décembre - 7 Décembre 2003)

« La teranga sénégalaise »

   La traditionnelle hospitalité sénégalaise est systématiquement mise en avant dans la moindre petite conversation : « Vous êtes au Sénégal depuis longtemps ? Alors vous connaissez la teranga ... ? » Nous y avons effectivement goûté dans la famille Thiam où nous avons vécu avec l’impression d’être considérées comme des filles de la maison.

Yay, Awa, Aïda et Momo, le fils d'Awa

   Nous avons profité de notre dernière semaine à Dakar pour travailler bien sûr mais aussi pour découvrir la vie nocturne de la capitale. Nous sommes donc sorties « en boîte » lors d’une « soirée sénégalaise ». Au programme : un sabar bien sûr! Assez différent de celui que nous avions vu à Fatick, celui-ci se déroulait en intérieur. Une dizaine de musiciens tapaient en rythme sur leurs percussions, le « chef d’orchestre » n’étant autre que le petit frère du batteur de Youssou N’Dour ! Les filles se jetaient une par une dans la danse, habillées de façon plus que suggestive et beaucoup plus agressives qu’à Fatick. Mais toujours aussi impressionnantes dans la rapidité de leur mouvement et leur sens du rythme...

   Nous avons également passé de calmes soirées près de la cour de cassation où une petite « buvette » est installée en plein air, au bord de la plage... Une ambiance très calme qui repose de l’animation de Dakar.

Les musiciens du sabar

   La veille de notre départ pour « Baba Garage », nous avons été invitées au mariage d’Aïda, une nièce d’Awa. En réalité, nous avons assisté à la fête et à sa préparation, le mariage à proprement parler ayant eu lieu un an et demi auparavant.

   Tout d’abord, la mariée passa au salon de coiffure trois longues heures. La mode sénégalaise consiste à maquiller les femmes à la façon des geishas : un cercle de rose sur les joues, beaucoup de fard à paupières vert, or, argent, rouge, orange... tout au-dessus des yeux, les sourcils totalement épilés et remplacés par un trait de crayon marron, rouge ou noir, du rouge à lèvres assorti au fard à paupières, des faux cils... bref, tout un attirail qui prend un certain temps à être mis en place!

   La fête débuta vers 19h. Le marié, Toucouleur et fidèle à la tradition, était absent et faisait la noce dans sa propre famille. La fête en elle-même fut assez brève : tous les invités furent d’abord installés sur des chaises disposées autour de la table de la mariée qui était accompagnée d’un ami de son mari. Tour à tour, chaque groupe d’invités, pas toujours très souriants, est venu se faire photographier avec la mariée et ses deux demoiselles d’honneur tout de rose vêtues.Par la suite, nous avons été attirées sur la piste de danse, entourées de tous les enfants présents sur le toit en terrasse de la maison où se déroulait la soirée. Tous étaient ravis de danser avec les seuls toubabs présents. Notre départ vers 21h fut également épique puisque nous avons essuyé l’assaut des enfants du quartier pour qui nous étions l’attraction du moment... Une heure plus tard s’achevait la fête car il fallait que la mariée aille retrouver son mari chez lui...

Aïda en pleine séance de maquillage

   Durant la semaine, nous avons eu l’occasion de rencontrer le bureau de l’UGTAD, l’Union Générale des Teinturières et Aides de Dakar, le bureau du RECEC, le Réseau des Caisses d’Epargne et de Crédit des Femmes de Dakar auprès duquel nous avons dispensé une formation à la programmation web. Cet ensemble de 16 Caisses d'Epargne et de Credit permet aux femmes de mieux s'insérer dans la vie économique de leur quartier et de leur ville. Nous avons aussi découvert l’ONG SOS Equilibre, qui joue un rôle d'interface entre les structures d'aide, publiques ou associatives, et les personnes en difficulté. Enfin, les membres de l'ONG internationale ENDA nous ont mises en relation avec des associations de transformatrices de céréales à Rufisque.

   Pour cette dernière semaine à Dakar, il nous fallait également avancer dans la rédaction des documents à mettre en ligne, car Baba Garage n'a pas encore de cybercafé. Et il était indispensable que nous préparions les rencontres dans les prochaines villes sénégalaises : nous avons ainsi pu prendre des contacts avec trois associations de Fatick, et à défaut d'avoir eu le temps de rencontrer certaines associations à Dakar, nous nous sommes engagées à nous rendre dans leurs antennes en régions, notamment à Kaolack et à Tambacounda.

   Nous quittons Dakar avec la satisfaction d'avoir enfin pu rencontrer ces femmes, actrices du développement, militantes et battantes. Ce sont bel et bien elles qui prennent en main l'avenir économique et social de leur pays. Nous quittons Dakar avec la satisfaction d'avoir créé des sites Internet auprès d'associations demandeuses. Nous quittons Dakar avec l'envie d'y faire revenir Courants de Femmes, pour assurer un suivi dans les partenariats que nous avons tissés.

Dakaroises et Dakarois...

   Nous sommes arrivées à Baba Garage, village de 1 300 habitants, dimanche après midi, après deux heures de route goudronnée et une heure de piste semblable à de la tôle ondulée. À la différence des rues de Dakar, nous ne passons pas inaperçues... des dizaines d’enfants nous suivent quotidiennement lors de nos différents achats et s’installent à nos côtés dans le centre où nous logeons sans nous parler mais très intrigués. Le climat est également différent : il fait beaucoup plus chaud dans la journée, et plus frais la nuit. Le village est calme. A Baba Garage, nous sommes prises en charge par des membres du Redibe, une association de développement local. Nous allons travailler avec eux pendant quelques jours, afin de voir leurs différentes activités, les autres groupements de la région et assurer une formation à la bureautique.