Carnet de voyage (15 Décembre - 21 Décembre 2003)

« De Fatick à Kaolack »

Yacine Ndiaye

   Le séjour à Fatick se prolonge jusqu’en milieu de semaine. Nous sommes en effet engagées auprès de plusieurs associations avec lesquelles nous travaillons à l’élaboration de sites Internet, et nous ne les quittons qu’une fois les formations achevées. Nos rencontres avec plusieurs présidentes d’associations nous ont une fois de plus enchantées et confortées dans notre entreprise.
   Nous sommes par ailleurs conquises par cette petite ville, son rythme calme, ses habitants souriants et curieux. Le soir, des nuées de petits oiseaux blancs, des mini-hérons nous a-t-on dit, animent le ciel. Nous dégustons le thé sénégalais sous les baobabs. Sa préparation est souvent longue : « pour la décoration », il faut le faire mousser en le versant et le reversant des dizaines de fois d’un verre à l’autre. Les gestes sont lents et précis, et boire le thé devient une vraie cérémonie.
   Mais la fin de notre séjour à Fatick passe vite, trop vite… Nous nous sentons maintenant vraiment chez nous dans la famille Ndiaye et les adieux sont difficiles. La petite Yacine, qui pleure à notre départ, nous manquera…

   Nous sommes arrivées à Kaolack mercredi en fin de journée, après un voyage sans encombre en mini-car. Après le calme « tranquille » de la petite ville de Fatick, notre premier contact avec la capitale régionale du Saloum ne fut guère très plaisant : à peine descendues du bus, nous avons été la cible des enfants et des taximens.
   Kaolack, jumelée avec Mérignac, est la troisième ville du pays et compte plus de 200.000 habitants. Au centre ville, des routes bitumées, l’Alliance franco-kaolackoise, les banques, la gouvernance et l’un des plus grands marchés d’Afrique de l’Ouest. Tout autour, divers quartiers aux rues ensablées.

Vue de Kaolack

   Ce qui frappe tout d’abord dans la ville, ce sont ces rues défoncées, ces ordures entassées sur le bord des routes, au pied des maisons, sur la plage, ces eaux usées déversées au beau milieu des rues et cette poussière suffocante. Un épicier et intellectuel de gauche nous explique que si le paludisme fait des ravages ici, c’est essentiellement à cause du manque d’assainissement de la ville, ce que nous constatons au premier coup d’oeil.
   Ici, nous avons l’impression de passer moins inaperçues qu’à Fatick. On sollicite constamment notre porte-monnaie et nous demande poliment de donner nos lunettes, notre appareil photo…des soi-disant guides nous proposent gentiment leurs services.

   Nous logeons dans le quartier de Médina-Baye, dans la famille d’un ancien Ensae rencontré à Dakar. Un mariage a eu lieu samedi, nous avons été conviées à la cérémonie mais, cette fois-ci, aucun des époux n’était présent. Étudiants en France, ils se marient au même moment à des milliers de kilomètres de Kaolack. Leurs familles respectives se rencontrent pour la première fois dans la maison du père de la mariée. De l’autre côté de la rue, la maison des grands parents accueille également nombre d’invités.
   C’est un mariage tout ce qu’il y a de plus traditionnel, si ce n’est que les musiciens conviés par le père de la mariée refusent de jouer. Ils considèrent ne pas être suffisamment payés et quittent la maison sans plus d’explications… Quoi qu’il en soit, l’annonce d’un décès dans une maison voisine écourte la fête : tout le quartier respecte le deuil. Les invités libèrent les deux maisons qu’ils ont investies par dizaines aux alentours de 21h.
   Parmi les nombreuses jeunes filles, sœurs, cousines ou nièces, qui vivent ici, c’est Anta qui s’occupe de nous. Elle nous fait visiter le quartier et nous emmène au marché ou à la plage. Celle-ci consiste en une étendue de terre blanchie par le sel, sur la berge du fleuve Saloum, extrêmement salé. Un auvent de bois y offre un modeste coin d’ombre…Anta nous fait aussi découvrir le rap sénégalais : samedi soir, tous les jeunes amateurs de hip-hop et de rap se retrouvent à l’Alliance franco-kaolackoise pour écouter les groupes de la région rapper en wolof, en français et même en américain. On se croirait à New-York : la jeunesse sénégalaise porte des baggies, des tennis du dernier cri, des collants sur la tête et des tee-shirts qui leur arrivent aux genoux. Et ici, comme aux Etats-unis, les Noirs se traitent mutuellement de « niggas ». A la sortie du concert, les taxis-mobylettes ronflent en attendant les clients.

Un garage à mobylettes

   Ici non plus, le travail ne manque pas. Nos rendez-vous nous permettent de découvrir des quartiers différents, des personnes accueillantes et des associations toujours aussi dynamiques. Cette étape kaolackoise nous permet notamment de mieux mesurer les difficultés de répartition budgétaire liées à la décentralisation des associations nationales : à la tête de l’antenne régionale de la FAFS, Mme Mbaye déplore le manque de moyens et la fatigue des femmes. C’est ainsi que deux classes d’alphabétisation ont dû fermer faute de financement.
   L’Association pour la Promotion de la Femme Sénégalaise (APROFES) a son siège dans le quartier de Kasnack. La présidente Mme Binta Sarr déborde d’énergie et mène de front plusieurs projets. Toute l’équipe s’est réunie pour nous décrire leurs activités et une fois l’électricité revenue, nous entamons notre formation à la programmation web.
   Nous dispensons également une formation auprès du Centre d’Etudes Economiques et Sociales d’Afrique de l’Ouest (CESAO). Cet organisme soutient les associations paysannes du Sénégal, de Mauritanie et de Guinée grâce notamment à des formations en gestion et en management.
   Nous avons enfin eu l’occasion de rencontrer des membres du COSEF, de l’antenne locale de la FAFS, de la Mutuelle de Santé Oyofal-Paj et d’assister à une causerie organisée par une parajuriste du RADI sur « les effets du mariage » avec un groupement de femmes.

Kaolack en bref