Carnet de voyage (29 Décembre 2003 - 4 Janvier 2004)

« Bamako ou la Rivière aux Caïmans »

   Nous partons de Kayes sans y avoir rencontré une seule association. Non seulement, la période des fêtes de fin d'année rend difficile les rencontres professionnelles, mais nous avons surtout des contacts dans la capitale malienne. Pour rejoindre Bamako depuis Kayes, il semble nécessaire de prendre le train. Celui-ci ne passe que trois fois dans la semaine et nous décidons donc de quitter Kayes dès le mardi.

Sur le quai de Mahina

   Sur les quais de la gare, c'est l’agitation avant le départ. Prévu à 12h30, il n'aura lieu qu'une heure après, laissant le temps à tous les passagers de faire des provisions avant les 15 heures de voyage : bananes, oeufs, madeleines, oranges, poivrons verts, choux, eau, lampes torche, biscuits... De jeunes filles proposent des verres de thé qu'elles tiennent en équilibre sur leur tête et que nous buvons accoudées à la fenêtre de notre wagon.
   Deux coups de sifflets discordants annoncent le départ. Le train s'ébranle et quitte Kayes, s'éloignant du quai noir de monde. C'est un ancien train Corail de la SNCF où est encore affichée la carte des liaisons ferroviaires en France. Chaque arrêt, à Tintiba, Diamou, Bagouko, Galougo, Mahina, Kale, Dioubeba ou Touroto, amène sur les quais une foule colorée et bruyante de vendeurs, de voyageurs, d'enfants curieux... Et toujours les deux coups de sifflets qui font revenir les passagers dans les wagons avant que le train ne reparte.

   Nous arrivons à Bamako le matin du 31 décembre, vers 4 heures. Nous suivons Naïma que nous venons de rencontrer dans le train. Son association grenobloise, Labifurk, réalise des projets de cinéma expérimental dans un village près de Mahina, et ses membres louent un deux-pièces dans le quartier de Bamako Coura Bolibana. C'est là que nous installons nos moustiquaires pour quelques jours. Chaque matin, les femmes sont dans les rues pour de grandes lessives et le linge est accroché devant les maisons. Le quartier a vite fait de nous adopter et nous nous y sentons bien. Quelques mots en Bambara finissent de charmer les commerçants et les enfants.
   Bamako nous surprend par sa tranquillité. La ville s'étend sur les rives du fleuve Niger et respecte la végétation naturelle : beaucoup d'arbres et d'espaces verts donnent de la fraîcheur à la ville. Du Pont des Martyrs, on s'offre une vue magnifique sur le Niger, la ville et les collines environnantes. Ici, la vie nocturne est bien différente de celle de Dakar. Si la capitale sénégalaise est célèbre pour ses boîtes de nuit et ses bars européens, Bamako est plus africaine, et le soir, les gens se rassemblent dans les rues pour discuter et boire le thé. Certains jouent aux petits chevaux et aux cartes, d'autres regardent la télévision d'un voisin, mise à la disposition de tous.

Bamako Coura Bolibana

   Dans une ruelle de notre quartier, nous assistons à une cérémonie de mariage qui rassemble une cinquantaine de femmes de la famille du marié autour de cinq ou six percussionnistes. Des griottes chantent des louanges et les femmes dansent nonchalamment en file indienne avant de rompre brusquement la file pour se laisser entraîner par les rythmes des jujus, des tamas et des djembés. C'est une mer agitée de boubous colorés qui s'offre à nous.

   Le réveillon du Nouvel An est une occasion rêvée de faire la fête pour les Maliens. Les rues sont bondées, les routes embouteillées et les sourires sont sur tous les visages. Naïma nous a invitées à assister à un concert donné par son ami Fodé. Il joue du n'goni au sein d'un groupes de cinq musiciens : percussionnistes, guitariste, boîte à rythme et griots. Le concert a lieu dans un hôtel en bordure de la ville et le public semble apprécier la musique. A notre retour, nous apercevons les Bamakois, leurs chapeaux en carton argentés sur la tête qui partent danser en boîte ou chez des amis. La fête doit durer toute la nuit!
   Le jour même de notre arrivée, nous rencontrons Mme Oumou Touré de la CAFO, la Coordination des Associations et ONG Féminines du Mali ainsi que Kadidia Sidibe, présidente de l'AMSOPT, Association Malienne pour le Suivi et l'Orientation des Pratiques Traditionnelles. Au Mali, 91% des femmes sont excisées et, bien souvent, ces pratiques ont des conséquences néfastes sur la santé des jeunes filles. Kadidia nous explique qu'étant originaire du Nord, elle n'a pas été excisée. Mais lorsqu'une de ses élèves est décédée des suites de cette mutilation génitale féminine, elle a décidé de militer contre cette pratique.
   Dimanche, nous visitons le Musée de la Femme, Muso Kunda, qui présente les tenues traditionnelles d'une douzaine d'ethnies maliennes, et expose les ustensiles de cuisine et leur évolution. En vitrine, nous trouvons donc des louches anciennes et modernes, une glacière, et la photographie d'un réfrigérateur... Un hommage à la femme autant axé sur la cuisine nous déçoit beaucoup. Nous y apprenons cependant que ce n'est que depuis le 27 août 1992 que les femmes maliennes ont le droit de tenir un commerce sans le consentement de leur époux.

Femme peule