Carnet de voyage (5 Janvier - 11 Janvier 2004)

« Une ville cosmopolite »

   Le 22 septembre 1958, le Mali proclame son indépendance et devient membre de l'ONU. Le pays, dirigé par Modibo Keita et son parti unique, se lance dans une étatisation de l'économie qu'il n'a pas les moyens de supporter. Et le 19 novembre 1968, un coup d'Etat porte le lieutenant Moussa Traoré au pouvoir. En juin 1974, les Maliens adoptent une nouvelle Constitution à 99%... En principe, elle dote le pays d'une assemblée nationale, d'un parti unique et d'un chef de l'Etat élu au suffrage universel pour cinq ans. En réalité, elle ne laisse le pouvoir qu'aux militaires. Un parti politique, l'Union Démocratique du Peuple Malien (UPDM) naît en mars 1979. Dirigé par Moussa Traoré, ce parti unique remporte bien évidemment les élections présidentielles et législatives, ce qui porte son dirigeant à la présidence. S'instaure alors une dictature pendant une dizaine d'années où l'UPDM reste le seul parti autorisé et l'expression du pouvoir militaire.
   En 1990, à la suite de la chute du mur de Berlin, le Comité National d'Initiative Démocratique (CNID) et l'Alliance pour la Démocratie au Mali (ADM), dirigée par Alpha Oumar Konaré voient le jour. De nombreuses manifestations pour le multipartisme et la démocratie ont lieu à Bamako et celle du 21 janvier 1991 est violemment réprimée dans le sang. Les jeunes, les travailleurs et les femmes se mobilisent de plus en plus et le gouvernement instaure l'état d'urgence. Moussa Traoré déclare que « jamais [il] ne démissionner[a] » mais le 24 mars, il est arrêté par un groupe de parachutistes commandés par le colonel Amadou Toumani Touré. Ce sont ce que l'on appelle communément « les événements de 1991 ».
   Amadou Toumani Touré, dit ATT, s'engage à rendre le pouvoir aux civils à l'issue d'un régime de transition. Débute alors un long processus de démocratisation du Mali, avec l'adoption d'une nouvelle Constitution, le développement du multipartisme et la tenue d'élections libres. Alpha Oumar Konaré, dit Alpha, est élu Président de la République du Mali et ATT quitte le pouvoir après avoir mené son pays vers la démocratie.
   Alpha sera reconduit pour un deuxième mandat en 1997. En 2002, ATT est élu à la présidence.

   Pour les femmes, les événements de 1991 ont été décisifs. En effet, ils leur ont non seulement permis de comprendre l'importance et le rôle qu'elles pouvaient jouer dans le développement de leur pays mais ont aussi permis la création de multiples associations de promotion féminine. Ainsi, la plupart des ONG que nous avons rencontrées sont nées au début des années 1990, suite à l'évolution de la législation.

Une boutique de Médina-Coura

   Plus que dans n'importe quelle autre capitale ouest-africaine, la diversité physique des habitants de Bamako est frappante : de nombreuses ethnies y cohabitent pacifiquement. Sa position géographique et son histoire ont fait du Mali un véritable carrefour de civilisations. Pendant plusieurs siècles, des peuples d'origines multiples ont partagé cette terre et s'y sont mélangés. Plusieurs ethnies sont nées de ce métissage et chacune d'entre elles se caractérise par une langue, généralement un domaine d'activité, et parfois même une morphologie.

Marcheur sur la colline du Point G

   Les Bambaras sont majoritaires au Mali, et parlent le Bamanan, qui signifie « refus de l'Islam », en raison de leur refus pendant longtemps de se convertir à la religion prédominante dans la région. Les Peuls représentent la seconde ethnie. Ils sont reconnaissables par leur teint clair et leur nez mince et droit ainsi que deux traits de scarification sur chaque tempe. De nombreux Maures et Arabes peuplent également le Mali avec, pour les seconds, une région de prédilection, le Nord du pays, à Tombouctou et Gao. Les Bobos, les Dogons, les Malinkés, les Bozos, les Touaregs (qui se sont pendant longtemps opposés au gouvernement malien), les Sarakolés ou Soninkés, les Khassonkés, les Sénoufos et les Songhaï sont les autres ethnies prédominantes au Mali.
   Malgré cette diversité ethnique, une seule religion prédomine puisque 94% des maliens sont musulmans. « Officiellement », 4% sont animistes, et on trouve seulement 2% de chrétiens. L'animisme est néanmoins plus répandu qu'il n'y paraît puisque de nombreux musulmans croient également en la puissance des esprits et des génies.

   Le Mali se distingue par ailleurs de ses voisins par la pratique très répandue de l'excision (91% des Maliennes sont excisées) que seules les ethnies du Nord refusent. On associe généralement à tort cette pratique aux préceptes de l'Islam mais, en réalité, il s'agit plutôt d'un rituel aux origines floues.

Séance de tressage

   La persistance des mutilations génitales féminines (MGF) peut s'expliquer en grande partie par la pression sociale qui pèse sur une fille et sa famille : elle trouvera très difficilement un mari sans être excisée. C'est en outre prétendument un moyen pour les maris de réduire les risques d'infidélité de leurs épouses et d'accroître leur fertilité. Malheureusement, les dangers sanitaires occasionnés par cette pratique sont loin d'être négligeables, et le sujet reste tabou. La législation n'y fait jamais référence. Aujourd'hui encore, chaque texte relatif à l'excision qui doit être examiné à l'assemblée est systématiquement rejeté. Le thème de l'excision n'est pas non plus abordé lors des causeries, représentations de théâtre de rue ou émissions radiophoniques...
   De nombreuses associations maliennes de promotion féminine, telles que l'AMSOPT (Association Malienne pour le Suivi et l'Orientation des Pratiques Traditionnelles) ou le WILDAF (Femmes, Droit et Développement en Afrique), oeuvrent dans ce domaine. Pour la plupart, elles cherchent à faire évoluer les mentalités vers une prise de conscience des dangers que présentent les MGF et à accompagner ces pratiques pour une meilleure hygiène.