Carnet de voyage (12 janvier - 18 janvier 2004)

« Somogho bédi ? Toro sité 1»

   Nous avons quitté Faladié pour le quartier de l’Hippodrome, situé dans le centre ville, entre les deux marchés principaux de Bamako et à proximité des hauts lieux de la musique malienne. Nous avons donc pu assister à plusieurs concerts de groupes de percussionnistes. Accompagnés par un balafon, des joueurs de djembé, de tamani et de doum-doum font danser les jeunes bamakoises au Folyblon. De nombreux toubabous assistent aussi au spectacle.

Dialogue entre un djembé et une danseuse

   Après ce concert de musique typiquement africaine, nous avons goûté aux rythmes du rap malien et français. Le Centre Culturel Français recevait un groupe de rappeurs d’Angers (ville jumelée avec Bamako) qui chantaient une partie de leurs chansons en bamanan ainsi que les meilleurs groupes de rappeurs maliens, dont l’incontournable Tata Pound (Victoire du Rap malien 2003) qui a mis le feu à la salle.
   Et pour finir ce week-end musical si bien commencé, nous sommes totalement passées à côté d'un concert de reggae où se produisait Tiken Jah Fakoly, le reggaeman africain, et d'Oumou Sangaré qui chantait dans un bar de Bamako... Pas facile d'avoir accès aux informations musicales de la ville, qui semblent ne circuler que de bouche à oreille !
   Par dépit, nous nous sommes rendues dans un bar du quartier de Lafiabougou où, selon certaines rumeurs, Manu Chao devait se produire... Il était effectivement présent mais nous avons trouvé sa prestation fort décevante comparée à celle de Mamadou et Mariam, un couple d’aveugles chantant du blues malien avec beaucoup de talent et de coeur.

   La semaine de travail a été très riche en rencontres et en réflexions sur le travail et le rôle des femmes ici au Mali. La plupart des associations que nous rencontrons et que nous formons sont des organismes intermédiaires entre les groupements de femmes et les bailleurs de fonds, des structures d’appui, de formation, de gestion, d’organisation : AIF Donkansigi, Gaie Femmes, Amasbif ou Woiyo Kondeye suivent toutes la même démarche qui repose principalement sur un encadrement des initiatives de « la base ». Ces associations se distinguent essentiellement par leur zone d’intervention.

Transport d'herbe dans le marché central

   Parallèlement, beaucoup d’associations et ONG insistent sur un travail de sensibilisation dans les domaines les plus variés, de l’excision aux MST, à la fois auprès des hommes et des femmes. C’est ainsi que l’AMSOPT ou le WILDAF ont pu mener des campagnes de sensibilisation sur les dangers des mutilations génitales féminines, aussi bien dans des villages qu’auprès des responsables religieux du Mali.
   Notre travail et les formations en programmation web sont très sollicités. En effet, les associations sont particulièrement conscientes de la visibilité que peut leur offrir un site Internet. La plupart de celles que nous rencontrons avaient déjà participé à une session de formation dispensée par le Michigan Institute à l’issue de laquelle elles avaient pu créer leur site. Mais cette formation ne leur a pas donné les moyens de mettre leur site en ligne ni de l’actualiser, puisqu’il n’était pas question de programmation mais d’utilisation de logiciels qu’elles maîtrisent mal. Un exemple d’un « don lié » qui rend difficile une autonomisation à long terme... Les membres des associations apprécient donc tout particulièrement le fait que nous leur donnions toutes les clés pour construire et améliorer leurs pages Internet en très peu de temps.

   Certaines des associations que nous rencontrons souhaitent sensibiliser les femmes à l’importance d’une action politique et organisent des sessions de renforcement des capacités des élues. Interrogées sur le très faible engagement des femmes dans la vie politique, les membres des associations nous expliquent que si de nombreuses femmes sont très actives dans la vie associative, elles ne s’investissent que faiblement en politique. Les membres du WILDAF nous ont raconté à ce sujet l’histoire d’une candidate aux élections présidentielles qui a appris à sa plus grande surprise, lors du débat télévisé qui clôturait les candidatures qu’elle ne pouvait être candidate, puisqu’elle n’avait pas versé les cinq millions de francs CFA nécessaires pour valider sa candidature. Or, elle avait effectivement réuni cette somme, mais son mari avait « omis » de la reverser aux autorités compétentes. Une grosse crise de nerfs plus tard, sa candidature était officiellement invalidée.

Un peu de repos au marché

   Et pendant ce temps-là, à Faladié comme à Coura Bolibana ou encore dans le quartier de l’Hippodrome, tous les matins, les femmes lavent le linge de la famille à grandes eaux pendant de longues heures avec du Barika Tigi, l’indispensable nettoyant pour voitures, mobylettes, assiettes, linge et ustensiles... Quoi qu’on en dise, le lave-linge est bien un vecteur de l’émancipation de la femme !

Fresque publicitaire, avenue de la Nation

1 « Comment va la famille ? Ca va bien. »