Carnet de voyage (26 janvier - 1er février 2004)

« Fêtes du foot et du mouton »

   Quelques jours après la réunion du Réseau Malien de Lutte contre les Mutilations Génitales féminines, nous avons eu l’opportunité de suivre Mme Sidibe de l’AMSOPT (Association Malienne pour le Suivi et l’Orientation des Pratiques Traditionnelles) à l’Assemblée Nationale. Elle y organisait devant les députés un plaidoyer en faveur de l’avant-projet de loi de lutte contre l’excision, question qui n’a, jusque-là, jamais été débattue par les députés.

   Après deux heures de débats et la projection d’un documentaire très cru sur les conséquences souvent graves de l’excision, nous quittons la salle, persuadées que l’adoption du projet de loi n’est pas pour tout de suite. L’absence inexpliquée des 14 femmes députés y est certainement pour quelque chose, mais ce sont surtout les réflexions aberrantes de certains députés qui ont fait s’envoler nos derniers espoirs. Un des députés présents a par exemple affirmé qu’une loi ne servait à rien : « Regardez la loi contre la corruption, elle a été votée, et il y a encore de la corruption et des détournements »... Un autre a invoqué un argument obscur selon lequel les enfants meurent bien plus souvent du paludisme ou d’autres maladies que des suites de l’excision, alors, pourquoi s’en inquiéter ? Quelque peu déroutant dans la bouche de députés !

Boulanchisseur à Médina Coura, Bamako

   Quelques jours plus tard, nous étions reçues par Mme la Ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille. Nous avons donc pris place sur les canapés de son cabinet, encore une fois pleines d’espoirs et surtout curieuses d’avoir une vision peut-être un peu plus globale de la situation de la femme au Mali, des relations entre Etat et société civile et de mieux connaître le parcours de cette femme qui a quitté le milieu associatif pour s’investir en politique… Nous ne pouvions donc qu’être déçues par cette femme que nous pensions engagée et déterminée, mais qui nous a servi tout sourire un discours bien rodé, sans grand contenu ni originalité. Un quart d’heure après le début de l’entretien, nous avons été aimablement remerciées, « le président arrivant ».

Au marché aux moutons

   L’ambiance de Bamako a beaucoup changé pendant les quelques jours qui ont précédé notre départ, et cela pour deux raisons : la fête du mouton (la Tabaski) est imminente et la Coupe d’Afrique des Nations 2004 a débuté.
   Une coïncidence du calendrier a même voulu qu’aient lieu le lundi 2 février deux événements de la plus haute importance pour les Maliens, la célébration de la Tabaski, la fête la plus importante chez les musulmans, et le match Mali-Sénégal, dernier de la poule.
   En accord avec la Commission de la Lune (qui fixe le jour de la Korité, fin du Ramadan ), et pour mieux célébrer les deux événements, la Tabaski a donc été avancée au dimanche, ce qui fait grincer les dents de certains.

   A l’occasion de la rencontre Mali / Burkina Faso, nous avons pu constater que tous les hommes se regroupent autour des télévisions installées ici et là sur les trottoirs, devant les boutiques ou dans les cours des maisons et, pour ceux qui continuent malgré tout le travail, pas un qui n’ait son transistor à l’oreille. La ville est suspendue aux commentaires des présentateurs. Quand le Mali marque un but, des cris, des trépignements d’enfants, des bruits de klaxon, des murmures parcourent toute la ville. Et lorsque le coup de sifflet final retentit, tous sortent des maisons en courant, criant et chantant, certains font flotter un drapeau vert jaune rouge, bloquent la circulation sur les grandes routes bitumées en laissant exploser leur joie.
   A l’approche de la Tabaski, les marchés sont également en effervescence, les routes saturées et les bergers et éleveurs peuls viennent vendre leurs moutons en ville.

   De fait, nous ne sommes pas les seules à prendre le bus ce vendredi pour quitter la capitale. De nombreux Maliens rejoignent en effet leur famille pour la fête du mouton. Nous prenons la direction de Ségou, où nous serons accueillies par la famille d’un ami bamakois. Toutes les gares routières du pays doivent être en ébullition, et les soutes des bus déborder de moutons.
   A Ségou, nous longeons et traversons le Niger en pirogue au coucher du soleil puis goûtons aux moutons qui se débattaient sous nos fenêtres le matin même, prêts à être égorgés et nous buvons et rebuvons les trois thés...

Fin de journée sur le fleuve Niger à Ségou