Carnet de voyage (8 Mars – 14 Mars 2004)

« 63 mariages et  »

Notre Journée de la Femme à Ouaga n’a pas été celle tant espérée. Les festivités burkinabé se déroulaient cette année à Gaoua, dans le sud du pays. A cette occasion cependant, l’Association Kebayina des Femmes du Burkina avait organisé dans la capitale une conférence sur le thème « Corruption et Lutte contre la Pauvreté ». Deux intervenants, un économiste et un responsable du Réseau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC), ont insisté sur le lien existant entre pauvreté et corruption et ont étudié la particularité de ces deux phénomènes chez les femmes. D’après eux, le Burkina Faso s’appauvrit d’année en année et les pauvres y sont de plus en plus pauvres. Les femmes sont plus touchées que les hommes par la pauvreté et par l’extrême pauvreté. On ne peut pas cependant les considérer uniquement comme victimes de la corruption. En effet, certaines sont tout autant corruptrices ou corrompues que les hommes, et nombre d’entre elles sont responsables de corruption passive, car elles acceptent les pratiques de leur mari.

Le thème de la corruption revient fréquemment dans les conversations. Les catégories les plus touchées par la corruption sont vraisemblablement les gendarmes et les sages-femmes. En discutant avec notre hôte, la responsable de la mise en place d’un centre national de transfusion, nous apprenons que les infirmiers vont jusqu’à vendre du sang aux familles dont un des membres doit être transfusé…

Longue attente…

Durant toute la semaine, nous avons pu faire des rencontres intéressantes avec quelques figures féminines du pays. Mme Catherine Kaboré, directrice générale au Ministère de l’Alphabétisation et de l’Education de Base, nous a raconté son parcours dans la fonction publique, Mme Mafarma Sanogo nous a livré ses combats quotidiens à la tête de la Radiodiffusion du Burkina, et Mme Simone Zoundi, directrice d’une société d’agroalimentaire, nous a fait part de son engagement pour les droits des femmes. Toutes occupent des positions sociales hors du commun : elles ont des responsabilités très lourdes et ont dû apprendre à concilier leur vie de femme mariée, en charge de l’éducation des enfants et de la bonne gestion du foyer, avec leurs impératifs professionnels. Elles ont conscience que le statut de la femme est en plein bouleversement et qu’elles participent à cet effort social pour atteindre une égalité des droits entre les hommes et les femmes. Dans leurs témoignages, la notion de « lutte » revient sans cesse. Au Burkina, une femme qui veut mener de front une carrière professionnelle et une vie sociale respectable doit lutter constamment contre les préjugés et les critiques de son entourage.

Pour l’avenir de leur pays, ces trois femmes entendent apporter leur touche féminine dans les hautes instances de décision et prendre part au développement social, économique et culturel. La diffusion d’émissions sur les femmes dans les médias, le développement de l’alphabétisation des groupements de femmes, la direction féminine d’une entreprise sont autant de moyens différents pour défendre la cause féminine.

Début de la cérémonie

Nous avons eu par ailleurs la chance d’assister à un mariage collectif organisé par le WiLDAF/BF, à Lougsi, un village situé à quelques kilomètres à l’ouest de Ouagadougou. La cérémonie se déroulait un jeudi, journée traditionnellement consacrée aux mariages pour les couples musulmans. L’enjeu était de taille : à la suite de nombreuses sensibilisations menées par le WiLDAF sur l’importance du mariage civil, 63 couples (dont trois polygames), de tous âges, parfois accompagnés de leurs enfants, ont accepté de passer devant M. le Maire. De nombreuses personnes avaient été conviées, notamment des membres d’autres associations de promotion féminine. Et tout le village était réuni pour entendre prononcer 63 fois la traditionnelle phrase « Je vous déclare unis par les liens du mariage », souvent suivie d’un jovial « et voilà ! ».

Les mariés attendent de passer devant M. le Maire

Le mariage civil revêt une importance toute particulière pour les femmes car il leur accorde des droits spécifiques. En effet, dans un couple marié uniquement à la mosquée, le mari a le droit de répudier sa femme et de la chasser de chez lui quand bon lui semble. Le mariage est alors tout simplement annulé. Il est vrai que la femme a également le droit de quitter son mari quand elle le souhaite, mais cela lui est pratiquement impossible à la fois socialement et financièrement. Par contre, quand le couple est marié devant la loi, il existe une procédure de divorce qui place les deux époux dans une situation d’égalité. Ce mariage collectif a donc permis d’améliorer la situation de 66 femmes.

Bien que nous n’ayons pas eu la chance de goûter aux charmes de la pluie des mangues, nous avons abandonné pastèques, papayes et bananes pour manger ces doux fruits sucrés : on trouve maintenant des mangues sur tous les marchés. Et même des fraises !