Carnet de voyage (30 - 31 Juillet 2005)

Bamako, le 31 Juillet 2005

   Ce week-end ne nous a pas servi à nous reposer, bien au contraire... Nous avons participé à trois événements très différents : samedi, nous sommes allées à une conférence sur le protocole additionnel à la charte africaine des droits de l'Homme et des peuples. Dimanche midi nous avons assisté à la journée panafricaine de la femme, alors que le matin et l'après-midi de ce même jour nous étions invitées à un mariage par la présidente de l'Association Malienne des Femmes Ingénieurs !... Un vrai marathon !

La conférence

   Nous avons contacté l'AJM la semaine dernière et celles-ci nous ont invité, plutôt que de les rencontrer dans leur bureau, de venir assister à une conférence qu'elles organisaient pour former leur membre à un nouveau texte qui doit révolutionner le statut de la femme malienne : le protocole additionnel à la charte africaine des droits de l'Homme et des peuples, relatif aux droits de la femme (pour énoncer son nom exact, même s'il est un peu long !). Et en effet quelle révolution ! Alors que pendant le précédent séjour de courants de femmes à Bamako, il semblait inenvisageable d'interdire l'excision (voir notre newsletter de la semaine du 26 janvier au 1er février), elle est interdit de fait par la charte (qui interdit pour être plus exact les " mutilations génitales "). La femme y est bien sûr déclarée l'égale de l'homme, on ne peut la forcer à se marier, l'autorité parentale est partagée entre les parents... on y parle même de la parité politique ! Bref ce texte est bien au niveau des textes Européens et ça fait plaisir à voir. Seul bémol cependant, la polygamie n'y est pas interdite même si la monogamie est déclarée " forme privilégiée d'union ". Enfin la question rituelle est toujours : et tout ça sera-t-il appliqué ? On peut l'esperer l'aide internationale étant conditionnée par ce genre d'avancé démocratique... De plus l'AJM avait l'air bien déterminé à faire connaître ce texte aux avocats et juges maliens, qu'ils soient hommes ou femmes. C'était d'ailleurs le but de cette conférence : former les adhérents pour qu'eux-mêmes forment les membres de leur profession. Encore une association dynamique !

Remise de son diplôme à Maître Maiga

   Preuve de ce dynamisme, la récompense qu'a reçue cela présidente de l'association Maître Maiga, de la part des juristes Africaines: elle a été nommée " Pionnière " du mouvement des femmes d'Afrique. Pour fêter cela, elle organisait après la conférence un cocktail, dans un grand hôtel de Bamako, l'hôtel Nord-sud (les joies de la climatisation!). Les femmes avaient sorti leur plus beaux boubous et les petits-fours étaient délicieux (ça change de notre riz sauce quotidien !). Avouons tout de même que nous étions un peu mal à l'aise, seules blanches dans cette réception : beaucoup de regards interrogateurs étaient fixés sur nous…

Le mariage

La présidente des Femmes ingénieurs, qui nous a gentiment invitées

   Ce dimanche matin nous avions rendez-vous avec la présidente des femmes ingénieurs qui nous avait gentiment invités à venir assister au mariage d'une de ses connaissances. Nous avons donc dû nous lever assez tôt (9h un dimanche ce n'est jamais de gaîté de cœur...) et nous sommes parties en direction de la mairie du premier arrondissement de Bamako. Que de monde dans la mairie et plus particulièrement dans la salle réservée aux mariages ! Deux noces faisaient la queue pour passer devant Monsieur le Maire. Première surprise, alors que toutes les invitées ont sorti leur plus beau boubou, la robe traditionnelle, la mariée est en blanc. Et pas un boubou blanc, non, une robe style " meringue " et le voile blanc ainsi que le bouquet de fleurs qui va avec ! On voit là l'influence des séries américaines.. Une fois dans la salle, au lieu de se tenir calmement les invités, qui d'ailleurs n'entrent pas tous dans la toute petite pièce, se mettent à parler en tous sens, certaines femmes chantant les louanges des jeunes époux.

   Après cette cérémonie la journée est loin d'être terminée : nous filons chez les parents de la mariée, en un long cortège de voitures klaxonnant. Là bas, on nous sert à boire. Puis c'est de nouveau le départ pour la maison des parents du marié, où le couple va s'installer : les tam-tams nous attendent et ne nous quitterons plus de la journée (ma tête en a gardé les rythmes pendant au moins deux jours !) Les danses vont alors s'enchaîner (on nous oblige même à danser), puis vient le repas et puis encore des danses... Nous finissons la journée complètement lessivées, la semaine prochaine je veux un week-end de repos!

La « Panafricaine »

La robe de la Panafricaine

   Alors que nous étions déjà au mariage, Mme Gakou nous a proposé de participer à la journée panafricaine de la femme qui commençait en fin de matinée ce 31 juillet. Comme nous l'avait dit Maître Maiga la veille, il y a deux dates importantes dans l'année pour les organisations de femmes maliennes : le 8 mars et le 31 juillet qui sont respectivement la journée mondiale de la femme et la " Panafricaine ". Nous nous sommes donc retrouvées au palais de la culture, dans une ambiance surchauffée et une salle bondée : plusieurs milliers de femmes étaient assises là, toute avec le même " uniforme ", à savoir un boubou dans un tissu imprimé avec le symbole de la panafricaine et la date, un peu comme les t-shirt s qu'on imprime en Europe pour de telles occasions.(Ce qui est marrant, c'est que depuis nous croisons tous les jours des femmes habillées avec ce boubou, il n'est pas utilisé que pour la cérémonie mais devient ensuite un vêtement comme les autres !).

   Il y avait les membres des diverses associations féminines de la ville (ce qui donne un peu le vertige : nous n'aurons jamais le temps de les rencontrer toutes !) mais aussi des personnes qui comme nous étaient venues en " observateurs " des Européennes, des Américaines, mais aussi des Asiatiques. L'ambiance rappelait celle qu'on peut trouver dans les grands meetings politiques : orateurs qui se suivent à la tribune (en Français et en Bambara) , public finalement assez peu concentré... On passait des hourrahs quand un bon orateur ou une vedette faisait un discours, à un désertion quasi-complète de la salle quand l'orateur était ennuyant. Pour finir la Ministre de la promotion de la femme et de l'enfant a déclaré ouverte la journée panafricaine de la femme et la foule s'est éparpillée à grand bruit.

   Le thème de la journée cette année était " la femme et son environnement ", ce qui est plutôt un bon sujet, car c'est un thème un peu trop oublié dans les pays en développement :les rues de Bamako sont souillées par les déchets qui jonchent la chaussée et chaque année le Sahel progresse dans le nord du pays, car les femmes coupent du bois pour faire chauffer les repas. Les mouvements écologistes sont un luxe que seuls les pays " du Nord " peuvent se payer !