Le tissu associatif féminin

      Les femmes africaines sont particulièrement actives dans la société civile et leur dynamisme touche les secteurs clés du développement que sont l’éducation, la santé, l’environnement et le droit des femmes. A tous les niveaux, les femmes s’organisent en associations. Les groupements de femmes au sein de quartiers ou de villages ont souvent une caisse commune, qui bénéficie à l’une des femmes à tour de rôle (tontine) pour répondre à des besoins ponctuels (scolarisation d’un enfant, soins de santé, cérémonie familiale, achats...). Elles possèdent souvent un champ collectif sur lequel elles cultivent quelques légumes, vendus sur le marché. Elles sont souvent soutenues par des « organisations intermédiaires ».


Une classe d'alphabétisation en sérère à Fatick (Sénégal)

      Ces dernières sont généralement localisées dans les villes et financées par des organisations du Nord (coopérations, ONG…). Leur but est d’aider les groupements de femmes à mieux s’organiser et à obtenir des subventions. Elles mettent également en œuvre des projets directement destinés à améliorer les conditions de vie des femmes. Les organisations intermédiaires proposent ainsi des sensibilisations (en planification familiale, en droits des femmes et des enfants, sur les MST, sur l’hygiène…) et des cours d’alphabétisation aux femmes les plus démunies. Enfin, elles mettent en place des systèmes de micro-crédits permettant de développer les activités génératrices de revenus (AGR) des femmes : couture, teinture, coiffure, cultures maraîchères, promotion de l’artisanat...

      L’éducation est au cœur des activités de promotion féminine puisque les femmes sont tout particulièrement touchées par l’analphabétisme (95% des femmes rurales au Burkina sont analphabètes).

      Les organisations que nous avons rencontrées mettent donc en place, avec les moyens du bord, des cours d’alphabétisation en langue nationale (wolof ou sérère au Sénégal, bamanan au Mali…) et en « français fondamental » pour apprendre aux femmes à compter, lire et écrire afin qu’elles puissent mieux gérer leurs activités économiques. Ce processus d’alphabétisation joue un grand rôle à long terme puisque les mères alphabétisées prennent conscience de l’importance de scolariser leurs propres filles.

      Les associations luttent également contre la déscolarisation : de nombreux enfants sont envoyés à l’école pendant une année ou deux mais ne finissent pas le premier cycle scolaire. C’est pourquoi les associations essaient de sensibiliser les parents et de venir en aide aux familles les plus démunies en offrant des bourses aux jeunes filles scolarisées ou en finançant une partie des frais de scolarité. De même, certaines associations aident les groupements de quartier à gérer leur école communautaire.
      Quelques associations particulièrement actives dans ce domaine : Case-Foyer de Fatick (Sénégal), ESSEM (Mopti, Mali), AVOB (Ouagadougou, Burkina Faso), AFAC (Cotonou, Bénin)...


Sensibilisation aux méthodes contraceptives et aux IST à Cotonou (Bénin)

      Les associations de femmes se mobilisent également dans le domaine de la santé pour sensibiliser et prévenir les populations.

      Une des grandes préoccupations reste la planification familiale (une femme malienne a en moyenne 7 enfants) : les organisations informent donc les groupements de femmes, les jeunes ou les hommes aux différents moyens de contraception. Si de nombreuses sensibilisations sont menées sur les infections sexuellement transmissibles (IST) et principalement le sida, notamment par le biais de pairs éducateurs, c’est malheureusement le paludisme et la malnutrition qui font aujourd’hui le plus de victimes.

      Les associations s’efforcent donc de mettre en œuvre des projets de sensibilisation sur ces fléaux et d’aider certains quartiers à construire puis à gérer un centre de santé communautaire.
      Quelques associations particulièrement actives dans ce domaine : Redibe (Baba-Garage, Sénégal), AMSAFE (Bamako, Mali), AED (Bobo-Dioulasso, Burkina Faso), ABPF (Cotonou, Bénin)...


Mariage civil collectif à Lougsi (Burkina Faso)

      De nombreuses associations entendent lutter pour le respect des droits des femmes. Il s’agit d’une part de faire évoluer les mentalités et les lois concernant les femmes. Pour cela, les associations mettent l’accent sur des travaux de vulgarisation du droit auprès de la population, traduisant en langue nationale les textes de loi ou proposant des séances de renforcement de leurs compétences aux juristes, et font pression sur les pouvoirs publics afin qu’ils adoptent des lois plus favorables aux femmes (interdiction de l’excision et des mariages polygames, suppression du lévirat…). D’autre part, les associations aident les femmes à répondre juridiquement aux violences dont elles sont victimes : séparations conjugales qui ne leur accordent aucun droit, violences physiques, pratique de l’excision... Des centres d’aide juridique existent donc pour apporter une aide concrète à ces femmes désemparées, privilégiant toujours la médiation familiale.

      Quelques associations particulièrement actives dans ce domaine : WiLDAF (Mali, Burkina Faso, Bénin), AFJ (Mali, Burkina Faso, Bénin), RADI (Dakar, Sénégal), CNLPE (Ouagadougou, Burkina Faso)...


Ramassage des déchets à Ouagadougou (Burkina Faso)

      La protection de l’environnement est assurée à petite échelle par certains groupements de femmes qui prennent en charge le ramassage et le traitement des déchets dans leur quartier ou leur village.

      Ces femmes profitent de cette activité pour sensibiliser leur voisinage sur les pratiques d’hygiène élémentaires (mettre ses ordures dans un récipient fermé, se laver les mains avant de manger...). Certaines associations ont par ailleurs mis sur pied un véritable système de recyclage des sachets plastiques. Ramassés, lavés, découpés, les matières plastiques sont ensuite tissées pour la fabrication de sacs, de poupées, de portes-clés...

      Quelques associations particulièrement actives dans ce domaine : associations de Djenné (Mali), Lagm-Yam (Ouagadougou, Burkina Faso), GAFREH (Bobo-Dioulasso, Burkina Faso), Qui dit mieux ? (Porto-Novo, Bénin)...